Par une soirée ensoleillée, j’entendis cette voix masculine m’ interpeller:

mains d'enfants qui se lient

“pardon, vous n’auriez pas une cigarette s’il vous plaît?

– ah non désolée.

– vous ne fumez pas? Parce que moi j’essaie d’arrêter. (ben c’est mal barré)

– oh vraiment ? C’est très bien pour vous.

– Vous n’avez jamais fumé de votre vie? (???Mais que me veut-il?)

– non, jamais vraiment. (pourquoi est-ce que je réponds?)

– ah bon, mais comment avez-vous fait? “

Alors, comme je sens que je suis en train de perdre de précieuses minutes pour mon rendez-vous où je ne veux pas être en retard, mais que j’y suis déjà, (hélas) je fais un large sourire au monsieur, et lui souhaite une bonne soirée en lui faisant comprendre que je suis pressée.

Je ne peux pas dire si ce fut une technique de drague classique ou si c’était juste un monsieur qui avait grandement besoin de faire la conversation. Ce qui est sûr est qu’il me faisait penser à mon papa la soixantaine bien sonnée, mais bon comme certains n’ont peur de rien. On se demande comment rester poli et s’extirper de cette situation, vite fait, bien fait.

La difficulté est toujours de s’en sortir sans faire de vague et sans laisser une mauvaise impression à la personne. Ben oui, on n’a pas envie de se faire insulter, parce que vous n’avez pas cette “damn” cigarette, mais à la fois, on n’a pas envie non plus de taper le carton et la causette.

Et pourtant je reste persuadée qu’il y a des situations où l’échange bref mais chaleureux peut changer la  journée d’une personne. Le tout réside dans l’art de distinguer les relouds et les autres.

Les premiers, on les envoie sur les roses, gentiment, et on fuit. Limite, on fait semblant de décrocher son portable et on déguerpit.

Pour les seconds, je dirai qu’il faut faire selon l’intuition du moment. Qui sait si on ne va pas changer la vie de quelqu’un en souriant ou en étant juste sympathique? Je vous raconte ma dernière rencontre.

Comme bien souvent,lorsque je voyage, je converse souvent avec de  parfaits inconnus avec qui je vais avoir une conversation éphémère mais plaisante. Quel est le but? Juste d’échanger, d’arrêter de s’enfermer dans un certain individualisme. Essayer d’apprendre un tant soi peu de l’autre, aussi petit soit-il. Et c’est toujours avec un réel plaisir que je vais échanger avec ces personnes.

Dimanche soir, j’étais assise dans un compartiment dit “carré’ d’un TGV. L’amie qui voyageait avec moi, et moi-même étions assises en face et à côté de 5 monsieurs, plutôt des séniors pour la plupart, sauf, un qui paraissait plus jeune que les autres. Ce dernier n’arrêtait pas de raconter des blagues. On se mit nous aussi à rire, et à un moment, je me mis à participer à la conversation. Ce n’est pas que j’y étais invitée mais je répondis à une question à laquelle personne ne savait pas répondre. Qui chantait “C’est la Rose, l’emmerdant…”?

“Thierry Le Luron” répondis-je “en 1981”. C’est ainsi qu’une discussion commença entre ces messieurs, mon amie et moi-même. On apprit avec plaisir qu’ils faisaient partie de la chorale juive de France. Sans aucune ambiguité, et en toute simplicité, on passa un bon moment à écouter des blagues juives et à échanger sur nos religions, mais aussi sur divers sujets. On parla des attentats, des drames récents à Toulouse et l’un d’eux nous raconta comment il s’était fait agresser une dizaine de fois dans sa vie, mais avait aussi survécu à deux attentats dont un en Israël. Il nous demanda si on avait déjà sauvé des vies. L’échange fut riche, je dirai et pour le plus grand plaisir des auditeurs isolés, tout le périmètre autour de nous put profiter de nos discussions. J’irai jusqu’à dire qu’on nous enviait. Assis parmi nous, un jeune ado était là et avait décroché son oreillette pour nous écouter parler. Honnêtement le voyage de 3h fila rapidement et ce fut un moment très sympathique.

Une fois, je me souviens, je remontais dans le Nord lors du décès de ma grand-mère. Alors que j’étais très triste et peinée, une mamie qui me regardait, et qui me faisait face commença à me parler. Elle me toucha beaucoup. Je ne me souviens plus de tout ce qu’elle me dit à ce moment-là. Mais vous savez quoi, elle me prit les mains, et me donna une petite médaille. Elle finit par m’embrasser et je me mis à fondre en larmes. Sa compassion et à sa compréhension  de ma souffrance d’avoir perdu un être cher resteront gravés dans ma mémoire.

Vous voyez où je veux en venir? Ces petites rencontres impromptues dans la vie sont précieuses.

S’il ne suffit pas de faire preuve d’un manque de sagesse totale et de parler à tous les inconnus qui passent, je vous inviterai cependant à saisir les opportunités qui parfois s’offrent à nous pour s’intéresser un peu à l’autre. Qui sait, si vous n’allez pas avoir un impact sur la personne que vous allez croiser?

Je ne sais pas pour vous mais en tous cas, pour moi, c’est comme semer un peu d’amour autour de nous, dans ce monde de brutes, cela fait du bien non? Essayez et vous me direz.

Eli Qui rêve d’un monde meilleur

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